Conscientiser par le récit nos quotidiennetés sociales, professionnelles, associatives, militantes

Nos quotidiennetés sociales, professionnelles, associatives, militantes ne font plus nécessairement récits  et nous privent ainsi d’espaces de réflexivité, d’auto-analyse mais aussi de perspectives de changement qui soient instituantes.

Accéder, voire révéler nos pratiques de l’ordinaire (du travail social, associatif, militant)  par une mise en récit  constitue une modalité particulièrement intéressante pour relier pratiques et finalités mais aussi pour nommer et éprouver de nouvelles pratiques sociales. C’est une voie singulière pour nourrir nos réflexivités mais aussi amorcer par étape des transformations sociales tout en gardant la trace.
 
Dans le travail du social aujourd’hui, le “aller vers”, les approches collectives constituent des  attendus qui incarneraient des pratiques renouvelées de notre modèle de solidarité sociale. Mais comment ces nouvelles rencontres avec les personnes concernées vont-elles pouvoir s’incarner? Quels nouveaux récits, étape par étape, peuvent s’écrire  pour conscientiser ce que le travail avec et à côté d’autrui peut signifier?
Ces orientations interrogent les professions héritées du travail social  dans la mesure où se jouent également de nouvelles porosités dans les compétences mobilisées.  Les  professionnalités en mouvement doivent pour cela s’appuyer sur des espaces de réflexivité pour que les professionnels puissent écrire les voies de ces transformations sociales. La production de récits permet à ces nouvelles cliniques de l’activité de conscientiser les pratiques sociales qui s’élaborent à l’interface de l’intime et du professionnel.

 

Le journal de terrain comme tiers pédagogique

L’ écriture descriptive est un levier puissant à la conscientisation de nos places, positions, pratiques … Moins écrasante et surplombante que la théorisation, elle se situe en grande proximité avec nos expériences sensibles, elle donne ainsi une place particulière à nos subjectivités. La pratique du journal de bord  peut être considérée comme un tiers pédagogique singulier. Dans les collectifs de coopérants en formation-action, la socialisation du journal soutient cette dimension tiers par des lectures croisées  renforçant la distanciation  en situation d’implication.

L’héritage méthodologique de l’ethnologie, que nous mobilisons, envisage la combinaison d’écritures factuelle,  impliquée, subjective et émotionnelle non pas comme des empêchements à la réflexivité mais comme des contextes et des révélateurs avec lesquels il convient de travailler. On parle d’ailleurs de “travail de terrain ethnographique”.

Le journal de terrain a été beaucoup utilisé comme support à une auto-analyse réflexive, de sa trajectoire, de ses pratiques sociales. Mais comme journal d’investigation il peut venir soutenir également des trajectoires individuelles et collectives de changement.

 

Nos expériences…

Intervention et accompagnement d’ateliers coopératifs  (formations DEIS, DHEPS et Master 2) sur les enjeux, apports et pratiques du regard et de l’écriture l’ethnographique  en situation d’implication sociale et/ou professionnelle.

Accompagnement par la mobilisation de récits d’expériences d’analyse collective des pratiques sociales ( cf la rubrique Analyse collective de pratiques sociales)

Participation à la Recherche-Action qualifiante initée par Paris XIII avec JJ Schaller sur Brest (2019) ou comment transformer les postures professionnelles  de travailleurs du social en associant  une pédagogie sociale de la rupture à des pratiques d’écriture réflexive (pratique du journal d’investigation).

Pour poursuivre…

Hugues Bazin (coord.), Recherche-action et écriture réflexive : la pratique innovante des espaces comme levier de transformation sociale; Les Cahiers de l’action , Injep, 2918/2

Daniel Cueff, Le journal de bord et la pédagogie sociale critique, Thèse rennes 2, 2000.

Jean-Jacques Schaller, L’intervention sociale à l’épreuve des habitants, l’Harmattan/le sujet dans la cité, Actuels n°2, 2013.

Christine Delory-Monberger, Le journal d’investigation dans l’intervention sociale, article extrait de l’ouvrage dirigé par JJ Schaller cité ci-dessus

Remy Hess, La pratique du journal au quotidien, L’enquête, Anthropos, 1998, 184p.

René Lourau, Le journal de recherche. Matériaux d’une théorie de l’implication, Paris Méridiens Klincksieck, 1988, 272 p.

Cefaï D., L’enquête de terrain, La Découverte, 2003.

Eliasoph N., 2010, L’évitement du politique. Comment les Américains produisent l’apathie dans la vie quotidienne ? Economica, (1998, 1ère édition).

Fassin D., Des maux indicibles. Sociologie des lieux d’écoute, La Découverte, 2004.